22 juin – Sang neuf

 

 

Une fois n’est pas coutume, je ne rêvais pas. C’est bien Lucille qui m’a réveillé en crachant. J’ai roulé sur le flanc, Lena à mon côté. J’avais encore du mal à admettre qu’elle soit là, saine et sauve. C’était ce que j’avais désiré par-dessus tout et, maintenant, je l’avais. Cela arrivait-il si souvent ? Dehors, la lune déclinante était si étincelante que j’ai distingué les cils de Lena sur ses joues.

Lucille a sauté du lit, et j’ai distingué une présence dans la pénombre.

Une silhouette.

Quelqu’un se tenait devant ma fenêtre. Ce ne pouvait être qu’une personne qui n’en était pas une. Je me suis vivement redressé. Macon était dans ma chambre, alors que Lena dormait sous mes draps. Affaibli ou non, il allait me tuer.

— Ethan ?

J’ai immédiatement reconnu la voix, bien qu’il se soit efforcé de parler doucement. Ce n’était pas Macon. C’était Link.

— Qu’est-ce que tu fous ici au milieu de la nuit ? ai-je sifflé en essayant de ne pas réveiller Lena.

— J’ai des ennuis, mec. Il faut que tu m’aides.

Soudain, il a remarqué Lena blottie à côté de moi.

— Oh, flûte ! Je ne savais pas que vous… hum…

— Dormions ?

— Au moins, il y en a qui peuvent.

Il arpentait la pièce, plus nerveux encore qu’à l’accoutumée. Son bras plâtré gigotait de façon erratique. Malgré la faible lueur en provenance de l’extérieur, j’ai vu à quel point il était pâle, en sueur. Il avait l’air malade. Plus que malade.

— Qu’est-ce qui t’arrive, mec ? Et comment es-tu entré ici ?

Link s’est assis sur ma vieille chaise avant de se relever. Il portait un tee-shirt orné d’un hot dog et proclamant : METS-TOI MA SAUCISSE OÙ JE PENSE. Il l’avait depuis la troisième.

— Si je te le disais, tu n’y croirais pas.

Derrière lui, la fenêtre était ouverte, et les rideaux voletaient, poussés par le vent. Mon estomac s’est noué d’une façon un peu trop familière.

— Essaie quand même.

— Tu te rappelles que le Bellâtre vampirique m’a chopé lors de la Nuit Infernale ?

Celle de la Dix-septième Lune, qu’il qualifierait toujours de Nuit Infernale, également titre d’un film qui l’avait terrorisé à l’âge de dix ans.

— Oui, et alors ?

— Tu sais qu’il aurait pu me tuer, hein ? a-t-il poursuivi en se remettant à faire les cent pas.

Je n’étais pas très sûr d’avoir envie d’entendre la suite.

— Sauf que ça n’a pas été le cas. Et il est sûrement mort, comme Larkin.

John avait disparu, certes, mais personne ne savait exactement ce qui s’était produit.

— Ouais, n’empêche, s’il a clapoté, il m’a laissé un cadeau d’adieu. Deux, même.

Il s’est penché sur le lit. Instinctivement, j’ai bondi en arrière, heurtant Lena.

— Que se passe-t-il ? a-t-elle marmonné encore à moitié endormie, la voix rauque.

— Du calme, mec, a dit Link.

Tendant le bras, il a allumé la lampe de chevet.

— À quoi ça ressemble, à ton avis ?

Mes yeux s’étant ajustés à la lumière, j’ai aperçu deux petites perforations sur le cou blême de Link. La marque évidente de deux canines.

— Il t’a mordu ?

Je me suis reculé vivement, tirant Lena des draps pour la placer contre le mur, derrière moi.

— Alors, je ne me trompe pas ? Bordel de Dieu !

Link s’est assis sur le lit, la tête entre les mains, l’air pathétique.

— Est-ce que je vais me transformer en buveur de sang ?

Il regardait Lena, attendant qu’elle confirme ce dont il se doutait déjà.

— Techniquement, oui. Tu es d’ailleurs déjà en train de le faire. Ça ne signifie pas pour autant que tu vas devenir un Incube Sanguinaire. Tu peux résister, comme oncle Macon, et te nourrir de rêves et de souvenirs au lieu de sang.

Lena m’a écarté pour s’approcher de lui.

— Tranquillise-toi, Ethan, il ne nous attaquera pas comme un de ces vampires de vos films d’horreur nullards dans lesquels les sorcières ont toutes un chapeau noir.

— Au moins, je porte bien le chapeau, a soupiré Link. Et le noir.

— C’est toujours Link, a commenté Lena en s’asseyant près de lui.

Je me suis installé entre eux deux.

— Tu en es sûre ?

Plus je l’observais, pire il me semblait.

— Oui, il faut que je sache ces trucs, a marmonné Link en secouant le menton, vaincu.

Il était clair qu’il avait espéré que Lena lui annoncerait qu’il y avait une autre possibilité.

— Nom d’un chien ! a-t-il gémi. Quand ma mère l’apprendra, elle me fichera dehors. Je vais devoir vivre dans La Poubelle.

— Ne t’inquiète pas, mec.

C’était facile à dire, mais que pouvais-je faire d’autre ? Lena avait raison. Link restait mon meilleur ami. Il m’avait suivi dans les Tunnels, d’où sa présence ici avec deux trous dans le cou. Il s’est passé la main dans les cheveux d’un geste anxieux.

— Ma mère est baptiste, mon pote. Tu crois vraiment qu’elle continuera à m’héberger quand elle découvrira que je suis un démon ? Elle déteste même les méthodistes.

— Elle ne s’en apercevra peut-être pas ?

C’était une ânerie, mais bon, j’essayais de le réconforter.

— Tu parles qu’elle ne se rendra pas compte que je ne sors plus le jour de peur de cramer !

Il a frotté sa peau, comme s’il la sentait déjà se détacher.

— Pas nécessairement, a lancé Lena, qui réfléchissait. John n’était pas un Incube normal. C’était un hybride. Oncle M s’efforce toujours de découvrir ce qu’Abraham lui a infligé.

Je me suis souvenu des paroles de Macon sur les hybrides quand il s’était disputé avec son grand-père à la Grande Barrière. Ça me semblait déjà très lointain. Je n’avais pas envie de penser à John Breed, cependant. Je n’arrivais pas à oublier ses mains courant sur le corps de Lena. Heureusement, celle-ci n’y a pas prêté attention.

— Sa mère était une Évo. Capable de se métamorphoser, de transmuter dans n’importe quelle espèce, même celle des Mortels. Voilà pourquoi John pouvait se déplacer en plein jour, tandis que les autres Incubes évitent le soleil.

— Et alors ? Je suis quoi ? Un quarteron de suceur de sang ?

— Sans doute, a opiné Lena. Enfin, je ne suis sûre de rien.

— Moi non plus, a enchaîné Link. Je me suis baladé dehors toute la journée, et il ne s’est rien produit. J’ai cru que j’y avais échappé.

— Pourquoi n’as-tu rien dit tout de suite ?

Question idiote. Qui avait envie de raconter à ses amis qu’il se transformait en démon ?

— Je ne me suis pas aperçu qu’il m’avait mordu. J’ai juste cru que la bagarre m’avait claqué, puis j’ai commencé à me sentir bizarre et, après, j’ai découvert les marques.

— Il va falloir que tu sois prudent, mec. Nous ne savons pas grand-chose sur John Breed. S’il est un hybride, de quoi vas-tu être capable ?

Lena s’est éclairci la gorge.

— En vérité, j’ai assez bien connu John.

Link et moi l’avons regardée comme un seul homme. Elle a tripoté son collier avec nervosité.

— Enfin, pas très, très bien, mais nous avons passé pas mal de temps ensemble dans les Tunnels.

— Et ? ai-je demandé en percevant la colère qui sourdait en moi.

— Il était fort et possédait une sorte de magnétisme curieux qui rend dingues toutes les filles, où qu’il aille.

— Des filles comme toi ? n’ai-je pu m’empêcher de lancer.

— La ferme, a-t-elle répliqué en me donnant un coup d’épaule.

— Ça commence à avoir l’air un peu plus chouette, s’est marré Link malgré lui.

Lena a réfléchi, se remémorant les qualités de John. J’ai prié pour que la liste ne soit pas trop longue.

— Il voyait, entendait et sentait des choses qui m’échappaient.

Link a respiré profondément avant de se mettre à tousser.

— Bon Dieu, mec, t’as vraiment besoin d’une douche.

— C’est tout ce dont tu es capable avec tes nouveaux pouvoirs ? ai-je riposté.

Je l’ai bousculé. Il m’a bousculé à son tour, et j’ai dégringolé du lit.

— Nom d’un chien !

J’étais habitué à être celui qui le jetait par terre. Il a contemplé ses mains, hochant la tête avec satisfaction.

— C’est bien ça, les poings de la rage. Je l’ai toujours dit.

Lena est allée ramasser Lucille, qui s’était réfugiée dans un coin.

— Tu devrais pouvoir Voyager aussi. Te matérialiser où tu veux. Inutile d’emprunter les portes, même si oncle Macon soutient que c’est plus poli.

— Traverser les murs comme un superhéros ?

Link était en train de reprendre du poil de la bête de manière considérable.

— Tu vas sûrement beaucoup t’amuser, sauf que…

Lena a inhalé et s’est efforcée de parler d’un air décontracté.

— Tu ne mangeras plus vraiment. Et en partant du principe que tu as l’intention de ressembler plus à oncle Macon qu’à Hunting, il te faudra te nourrir des rêves et des mémoires des gens pour tenir le coup. Oncle Macon appelle ça de l’indiscrétion. Ne t’inquiète pas, tu auras tout le temps nécessaire, puisque tu ne dormiras plus.

— Ne plus bouffer ? Qu’est-ce que je vais raconter à ma mère, moi ?

— Que tu es végétarien, a suggéré Lena en haussant les épaules.

— Végétarien ? Tu es dingue ? C’est encore pire qu’être un quarteron de démon.

Il s’est interrompu.

— Vous avez entendu ?

— Non, quoi ?

Il s’est penché par la fenêtre.

— Sans charre ?

Des coups ont retenti sur le flanc de la maison, et Link a aidé Ridley à franchir le rebord de la croisée. J’ai soigneusement détourné les yeux, vu que, à un moment, Ridley a exposé sa culotte. Pas une entrée très élégante. Apparemment, elle s’était lavée et avait remis des vêtements de Sirène, qu’elle en soit une ou pas. Elle a tiré sur sa jupe, a secoué ses cheveux blonds striés de rose.

— Que les choses soient claires, a-t-elle lancé. La fête se déroule ici, et moi, je suis censée rester à la niche comme le chien ?

— C’est ma chambre que tu traites comme ça ? a soupiré Lena.

— Qu’importe. Je n’ai pas besoin que vous trois vous réunissiez pour bavasser dans mon dos. J’ai assez de soucis comme ça. Oncle Macon et ma mère ont décidé de me renvoyer au lycée, puisque, semble-t-il, je ne représente plus de danger pour personne.

J’ai eu l’impression qu’elle était à deux doigts de fondre en larmes.

— En effet, a acquiescé Link en lui proposant la chaise de bureau.

L’ignorant, elle s’est affalée sur mon lit.

— Pas du tout, a-t-elle protesté. Je suis drôlement dangereuse. Tu verras.

Link a rigolé, plein d’espoir.

— Ils n’ont pas le droit de m’obliger à réintégrer ce trou à rats que vous appelez lycée, a continué Ridley.

— Nous ne parlions pas de toi, lui a annoncé Lena en s’asseyant près d’elle.

Link s’est remis à arpenter la chambre.

— Ouais, on parlait de moi.

— Pourquoi de toi ?

Il a détourné la tête, mais Ridley a dû pressentir quelque chose car, en une seconde, elle a traversé la pièce. Elle a attrapé le visage de Link.

— Regarde-moi.

— Pour quoi faire ?

— Regarde-moi, a-t-elle répété en le fixant comme une Sibylle.

Il a plongé ses yeux dans les siens, et la lune a éclairé la peau blême et moite de son cou. Ça a suffi à mettre en évidence les perforations. Ridley ne l’a pas lâché, mais sa main tremblait. Link lui a pris le poignet.

— Rid…

— C’est lui ? a-t-elle demandé, furieuse.

Bien que ses prunelles ne soient plus dorées, mais bleues, et bien qu’elle ne soit plus en mesure de pousser quiconque à sauter d’une falaise, elle m’a donné l’impression d’être capable de balancer en personne n’importe qui de ladite falaise. Je n’ai eu aucun mal non plus à me la représenter en défenseur de Lena quand elles étaient écolières.

Link l’a attirée à lui, a glissé un bras autour de ses épaules.

— Rien de grave, a-t-il murmuré. J’arriverai peut-être à faire mes devoirs de temps en temps, maintenant que je ne dormirai plus.

Il a souri, pas elle.

— Il n’y a pas de quoi blaguer. John est sans doute l’Incube le plus puissant du monde des Enchanteurs, hormis Abraham. Si ce dernier l’a réclamé, ce n’est pas sans raison.

Elle s’est mordu les lèvres, le regard fixé sur les arbres, dehors.

— Tu te biles trop, poupée.

— Ne m’appelle pas poupée, a-t-elle rétorqué en se libérant de son bras.

Je me suis adossé contre ma tête de lit pour les observer. Maintenant que Ridley était une Mortelle et Link un Incube, elle resterait la fille qu’il ne pourrait avoir et, sûrement, la seule qu’il désirait. L’année de première promettait d’être intéressante.

Un Incube au lycée Jackson.

Link, le type le plus fort du bahut, affolant Savannah Snow chaque fois qu’il entrerait dans une salle de classe, sans avoir besoin pour ça d’un seul coup de langue de Ridley sur sa sucette. Et Ridley, l’ex-Sirène qui, j’en étais certain, s’arrangerait pour retrouver le chemin des ennuis, avec ou sans friandise. Deux mois avant septembre. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte que la rentrée arrive.

Link n’a pas été le seul à ne pas dormir cette nuit-là.

17 Lunes
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